On gravit les rocheuses
en silence. On pense à Léonia, Lumilla, emman.
Un silence
musico-cinématographique, avec cette impression que ce moment est vu
ou créé. On se voit dans la voiture durant cet instant à la
troisième personne. Devant ces grosses mères stoïques qui vous
regardent passer.
Des douanières.
Parce qu'ici, on passe la
frontière. On quitte un pays, le votre, et l'on ne sait pas dans
quel état il sera à votre retour. Combien de guerres auront
déchirés les sourires et usées la peau? Qui sera tombé dans le
tranquille vide des cités beiges? Une frontière. On ne peut prévoir
ce qu'il y a de l'autre côté de la clôture, mais on sait qu'elle
se referme pour des années. Que l'on reviendra par l'autre côté,
par bateau, à cogner à la porte un matin fatigué : ''Salut,
je suis revenu.''
Peut-être pas.
Et à zigzaguer entre ces
inquisitrices, on ne peut que leurs répondre intérieurement et de
manière interrompue de vagues excuses et prétextes à des causes et
problèmes déjà mort. Lorsque l'on refait sa vie, on ne peut que
s'excuser d'arrêter l'autre.
Je me suis arrêté à
Banff, pour une douche, une pause, du repos. Je me surpris les
première heures à chercher les ''locals'', les travailleurs
saisonniers, les gens qui ne marchent pas lentement en lichant les
vitrines avec leurs grosses langues pleines de cash, ceux qui
reviennent de la montagne avec leurs planches à neige et leurs
visages brûlés par le soleil.
Des gens de partout dans
le monde, bien souvent avec de hautes études et parfois non qui
décident un matin comme ça, que la vie, c'est autre chose. Autre
chose comme trouver la meilleure vague, meilleure neige, courir les
cerises d'une saison à l'autre entre l'Australie, le Canada,
l'Australie, sur les routes poussiéreuses de leurs vies...le ''grand
partout'' le beau grand calisse de partout... travailler dans la
sueur de mille restaurants, punks incognito, qui servent le champagne
et cuisinent les plats a 50$ l'assiette.
N'oublions jamais que
l'on crache sur une botte avant de la cirer.
Une dizaine de jours plus tard j'étais engagé dans deux restaurants à courir les tables pour quelques mois... avant l'arrivé d'une pote pour la grande aventure, la vraie. Jusqu'au boute du boute.