mardi 10 juillet 2012

2.

Traverser le pays m'aura prit quatre jours, avec un hollandais qui ne parlait presque pas, c'était parfait. Étrangement, nous apprendrons qu'il allait en Saskatchewan refaire sa vie après ses 23 premières années européennes. Il rêvait de grands espaces, de guns, avait pour idole Ron Paul et vécu dans des squattes. Son permis européen ne l'autorisait pas à conduire ici donc je conduisais, il allumait les clopes, je buvais des cafés, il ne parlait pas,. Étrangement, quatre jours passeront dans nos vies de fous, à chercher quelque chose qui nous coulait entre les doigts lorsque nous étions proche de le nommer.

Il paiera sa part d'essence en 10 et 25 cents.

Le silence et l'Ontario procurent une excellente atmosphère propice à la réflexion. On y songe à ce qui est mort et encadré. Le grand bruit de Montréal la folle s'arrête, mais l'acouphène demeure, dans le sommeil de la route. Un bruit strident dans l'oreille que vous seul entendez chez le brocanteur. La mémoire à sa poussière. Le passé ses variantes. Il se conçoit à la manière d'un Orwell, comme une matière événementielle première qui peut s'ajuster aux besoins du présent ou alors à la manière d'un Borges ou d'un Cortazar qui se questionnent toujours, entre leurs 6 planches, à savoir s'il ne s'agissait pas que d'une rêverie.

Une rêverie de brouillard dans des restaurants et des bars à se réveiller en sursaut le matin croyant avoir oublié une table et à vomir une commande. On ne pouvait jamais vraiment prédire comment une journée de travail allait se terminer. On buvait la première pinte en comptant sa caisse encore sur le ''high'' du rush, puis invariablement quelqu'un lançait la phrase magique : ''bon! C'est quoi le plan?''. Et on se retrouvait à courir Montréal du sud au nord avec des démones pis des pirates, à respecter avec zèle, disait-on, l'étymologie du mot ''pourboire''. On levait la main bien haute en jurant de ne jamais travailler dans un bureau comme ces clients beiges que nous servions, mais nous pensions tous du même souffle que cette vie de fou ne pouvait pas durer indéfiniment. Trop de gens y étaient tombés au combat.

Alors, on se rappelle de ce jour où l'on a lancé mi-bravade, mi-blague : ''heille faire le continent en char tu serais tu games?'' et que tout avait suivit logiquement. C'est dans ce processus que l'on comprend que nous n'avons pas vraiment choisi cela. À bouffer de la vitesse, de la route, lorsqu'on a goûté cette intensité, on ne peut plus l'oublier. On peut l’engourdir dans la fête et le bruit, dans les heures infinies de travail et à se promettre le soleil, on peut s'inventer mille plans de stabilités, et de ''lorsque cela sera accomplit, à ce moment je pourrai …''.

On doit assumer notre différence. Les fourmis dans le cœur, la solitude dans la tête, et un rire fréquent et trop fort en bouche, on vend ses meubles, on donne ce qui ne se vend pas et l'on prend la route avec des amis, ou seul.

À se construire un présent cette fois.


L'écriveux de patentes reviendra bien assez vite entre deux accélérations. Et le meilleur remède à ces moments d'angoisses qui vous feront comprendre le vieux folk sale, regardez devant vous : il y a une chaîne de montagnes qui prend forme après l'éternelle plaine, il y a l'océan après le désert, il y a de bels rencontres dans pleins de langues différentes après la nostalgie des jours figés.

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