Il paiera sa part
d'essence en 10 et 25 cents.
Le silence et l'Ontario
procurent une excellente atmosphère propice à la réflexion. On y
songe à ce qui est mort et encadré. Le grand bruit de Montréal la
folle s'arrête, mais l'acouphène demeure, dans le sommeil de la
route. Un bruit strident dans l'oreille que vous seul entendez chez
le brocanteur. La mémoire à sa poussière. Le passé ses variantes.
Il se conçoit à la manière d'un Orwell, comme une matière
événementielle première qui peut s'ajuster aux besoins du présent
ou alors à la manière d'un Borges ou d'un Cortazar qui se
questionnent toujours, entre leurs 6 planches, à savoir s'il ne
s'agissait pas que d'une rêverie.
Une rêverie de
brouillard dans des restaurants et des bars à se réveiller en
sursaut le matin croyant avoir oublié une table et à vomir une
commande. On ne pouvait jamais vraiment prédire comment une journée
de travail allait se terminer. On buvait la première pinte en
comptant sa caisse encore sur le ''high'' du rush, puis
invariablement quelqu'un lançait la phrase magique : ''bon!
C'est quoi le plan?''. Et on se retrouvait à courir Montréal du sud
au nord avec des démones pis des pirates, à respecter avec zèle,
disait-on, l'étymologie du mot ''pourboire''. On levait la main bien
haute en jurant de ne jamais travailler dans un bureau comme ces
clients beiges que nous servions, mais nous pensions tous du même
souffle que cette vie de fou ne pouvait pas durer
indéfiniment. Trop de gens y étaient tombés au combat.
Alors, on se rappelle de
ce jour où l'on a lancé mi-bravade, mi-blague : ''heille faire
le continent en char tu serais tu games?'' et que tout avait suivit
logiquement. C'est dans ce processus que l'on comprend que nous
n'avons pas vraiment choisi cela. À bouffer de la vitesse, de
la route, lorsqu'on a goûté cette intensité, on ne peut plus
l'oublier. On peut l’engourdir dans la fête et le bruit, dans les
heures infinies de travail et à se promettre le soleil, on peut
s'inventer mille plans de stabilités, et de ''lorsque cela sera
accomplit, à ce moment je pourrai …''.
On doit assumer notre
différence. Les fourmis dans le cœur, la solitude dans la tête, et
un rire fréquent et trop fort en bouche, on vend ses meubles, on
donne ce qui ne se vend pas et l'on prend la route avec des amis, ou
seul.
À se construire un
présent cette fois.
L'écriveux de patentes reviendra bien assez vite entre deux accélérations. Et le meilleur remède à ces moments d'angoisses qui vous feront comprendre le vieux folk sale, regardez devant vous : il y a une chaîne de montagnes qui prend forme après l'éternelle plaine, il y a l'océan après le désert, il y a de bels rencontres dans pleins de langues différentes après la nostalgie des jours figés.
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